« Sa fête va toujours être fêtée, assure Isabel Ladouceur. Même si je braille toute la nuit quand la date approche. Je suis en deuil, pas en dépression. »
Depuis, Isabel a retrouvé le goût de vivre. Le suicide de sa fille, en septembre 2008, l’aura finalement tournée vers les choses essentielles de la vie – l’amour, la santé, la beauté, l’amitié. Isabel aura échappé à la maladie, la dépression, la léthargie et tous ces obstacles qui jonchent le long et solitaire chemin du deuil. Tellement qu’au début, avoue-t-elle, elle avait honte de sourire ou de rire devant les autres, de peur qu’on la juge insensible. Même cette gêne a fini par se dissiper.
« Je suis fière de moi, confie-t-elle. Je n’aurais jamais pensé passer à travers. Mais dès le départ, je me suis dit : "Je ne veux pas tomber dans la maladie". »
Isabel a rapidement pris les choses en main : d’abord, dans l’exercice physique, puis dans la rédaction de son livre, Mon Rayon de soleil, un témoignage bouleversant paru en septembre, et qu’elle a eu la chance de présenter elle-même au Salon du livre de Montréal, en novembre.
« Ce livre-là, c’est comme un accouchement, dit-elle. Ça m’a pris neuf mois l’écrire. Maintenant, je le vois grandir, à chaque jour. Je reçois des courriels de mes lecteurs. Au salon du livre, il y avait une file d’attente de gens venus me rencontrer! Ça a été un gros succès. »
En effet, la parution du livre semble avoir été un élément déclencheur pour Isabel. Elle a été tour à tour l’invitée des animateurs François Paradis et Denis Lévesque sur les ondes de TVA. Elle a contacté tout le monde, dit-elle : Pierre Karl Péladeau, Line Beauchamp, Gilles Duceppe.
À l’occasion du lancement du livre de sa conjointe, Sylvain Miron annonçait son intention de traverser le Canada à vélo, à l’été 2011. Il souhaite ainsi faire mieux connaître la mécanique sournoise du suicide, tout en promouvant les services d’aide du centre prévention suicide (CPS) le Faubourg – pour lequel il espère amasser la somme de 25 000 $. Le centre, qui reçoit plus de 8000 appels par année, souffre d’un sous-financement chronique, qui l’empêche d’ouvrir d’autres lignes, faute d’intervenants.
Le mal invisible
Dans son témoignage, Isabel fait remarquer que rien, dans le comportement de sa fille, ne laissait présager la tragédie à venir. « Elle a su nous cacher sa souffrance », répète-t-elle. À aucun moment, dans son livre, elle tombe dans le « j’aurais-donc-dû ». « La vie de nos enfants ne nous appartient pas », écrit-elle. Pas question de se culpabiliser – on ne s’en sortirait pas, l’épreuve est assez dure comme ça. Mais maintenant, est-elle mieux en mesure de discerner des signes chez les autres enfants? Reconnaît-elle ceux qui sont à risque? « Il n’y a pas de façon de déceler ces facteurs de risque, répond-elle. Tu es chanceuse quand tu as un signe, quand, par exemple, ton enfant boude après un examen. Parce que, dans la plupart des cas, les enfants cachent leur souffrance. » Alors? « Il faut se parler, dit-elle. Il y a juste ça : parler. Plus tu vas parler avec tes enfants, plus tu vas réduire les chances. »
Le calvaire du temps des Fêtes
Pour finir, Isabel appréhende quelque peu l’arrivée le temps des Fêtes, qui lui est particulièrement pénible depuis la tragédie.
« Noël, c’est le pire, admet-elle. Je ne suis plus capable de magasiner. T’es à vif. La pire date, c’est le 24… »
Si Noël est l’occasion par excellence de se réunir, on peut imaginer l’effet qu’il a sur ceux que vient de quitter un être aimé.
Cependant, la croyance populaire qui veut que les appels de détresse ainsi que les suicides augmentent pendant les Fêtes s’avèrent tout à fait injustifiée.
Même que, selon Bruno Marchand, directeur de l’Association québécoise de prévention du suicide (AQPS), le mois de décembre 2009 a été celui où l’on a dénombré le plus petit nombre d’appels de détresse dans l’année.
« Noël peut avoir un effet bénéfique, on peut relancer des gens qu’on ne voit pas fréquemment, indique M. Marchand. On a des occasions de rencontres dans le temps des Fêtes qui n’existent pas le reste de l’année. En même temps, on peut se douter que, pour une personne qui est seule, ça peut être plus dur. »
Selon lui, les périodes les plus pénibles sont plutôt octobre et novembre, puis février, mars et avril.
