Les Nouvelles Saint-Laurent: Quel bilan tirez-vous de ces deux années de chefferie? Stéphane Dion: J'aurais préféré gagner. On avait un beau projet pour les Canadiens. Il fallait avoir un plan. M. Harper tarde à en concevoir un et, s'il y arrive, c'est simplement parce qu'on lui a fait peur. Je regrette de ne pas être parvenu à convaincre les Canadiens du lien à faire entre environnement et économie. Ces deux années m'ont apporté une relation très valable, très intense, avec les Canadiens partout au pays. LNSL: Y avez-vous perdu quelque chose? S.D.: Je n'ai pas perdu mes idéaux, mais je n'ai pas réussi à les traduire dans la force d'un gouvernement. Le tournant vert a été mal compris. Ce n'était pas une hausse d'impôts, mais bien un transfert. On taxe moins les revenus, les épargnes, et on fait payer les pollueurs. Plus on pollue, plus on paie. Cela n'a pas marché. LNSL: Comment voyez-vous aujourd'hui votre avenir politique? S.D.: Je suis le premier ministre de Saint-Laurent – Cartierville [rires]. J'en suis fier. C'est un comté dans lequel on essaie tous les jours de mettre en œuvre l'idéal canadien, avec sa diversité, en mariant les entreprises et les communautés. Mon rôle est de faire le lien entre les deux. J'aurai plus de temps pour m'y investir maintenant. LNSL: L'accession de M. Ignatieff à la tête du Parti libéral s'est faite dans l'urgence. Est-ce dommageable pour la vie démocratique interne du parti? S.D.: Vous avez utilisé le mot "urgence" et, effectivement, il y avait urgence. Le premier ministre avait promis de travailler avec l'opposition mais a tout fait pour la provoquer. Il a finalement perdu la confiance de la Chambre. Il fallait à tout prix que l'opposition fasse pression sur ce gouvernement. Cela aurait été difficile pour nous de le faire, alors qu'une course à la chefferie nous distrayait. Moi-même, j'ai demandé d'accélérer la procédure de nomination de mon successeur. D'autres candidats peuvent se présenter contre M. Ignatieff jusqu'en février. Maintenant, on peut se concentrer sur la situation économique, qui frappe aussi Saint-Laurent – Cartierville. LNSL: Accepteriez-vous une place au sein du cabinet fantôme de M. Ignatieff? Y a-t-il un portefeuille que vous convoiteriez? S.D.: Je ferai ce que le chef m'indiquera. Je ne demande rien de particulier. LNSL: Comment s'est forgée cette idée de coalition, une option qui avait été totalement écartée durant la campagne électorale? S.D.: Quand M. Layton m'a approché, je lui ai dit que le programme du NPD ne nous convenait pas. Nous avons envoyé des négociateurs, eux les leurs, pour voir si des points d'accord pouvaient être trouvés. Le Bloc a accepté, non de participer, mais de donner une stabilité à la coalition. Sans ce projet, il y aurait eu des élections. Il faut le remercier pour avoir fait reculer M. Harper. LNSL: Pour revenir sur le problème du cadrage lors de votre intervention télévisée, que s'est-il passé exactement? S.D.: Un problème technique. LNSL: Y a-t-il eu des sanctions à la suite de cela? S.D.: J'avais lancé une enquête, mais je n'en ai pas vu le résultat puisqu'entretemps on a accéléré la procédure de nomination de mon successeur. LNSL: Que faut-il faire pour protéger l'économie locale? S.D.: Il faut un plan de relance pour aider les entreprises, en misant sur la formation pour aider les gens à se recycler quand ils perdent leur emploi, et une assurance-emploi efficace qui les aide à passer ce cap. Il faut aussi favoriser les économies d'énergie et investir massivement dans les infrastructures du comté. LNSL: Jacques Dupuis, dès sa réélection, a indiqué que sa priorité était de construire un Centre aquatique et sportif à Saint-Laurent. Êtes-vous du projet? S.D.: Tout à fait. Nous en parlons depuis longtemps avec MM Dupuis et DeSousa. On l'a fait à Cartierville, je voudrais faire la même chose à Saint-Laurent.
«Je suis le premier ministre de Saint-Laurent – Cartierville»
Entrevue avec Stéphane Dion
La phrase est lâchée du tac au tac, sans sourciller, sur un ton oscillant entre amertume et lassitude. Ces deux sentiments, accompagnés d'une pointe d'ironie, semblaient d'ailleurs habiter Stéphane Dion tout au long de la discussion. L'année 2008 a été mouvementée, voire tourmentée pour le député de Saint-Laurent – Cartierville. Nous avons voulu faire le point avec lui, après deux ans passés à la tête du Parti libéral du Canada.
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