Voyous de l'esthétique
L’opinion populaire face aux graffitis peut grandement varier d’une personne à l’autre. Certains apprécient cette forme d’art urbain, d’autres croient qu’elle n’est qu’un simple délit qui dégrade le paysage public. À Saint-Laurent, il est possible d’apercevoir des «tags» et des «pièces» à quelques endroits sur le territoire de l’arrondissement, plus particulièrement dans les rues adjacentes au boulevard Décarie. Toutefois, comment peut-on qualifier la situation actuelle?
Selon les policiers des postes de quartier laurentiens, les graffitis ne sont pas en nombre anormal par rapport aux autres territoires montréalais. «Nous avons reçu sept plaintes depuis le début de l’année, dont quatre la même journée», indique l’agent Pierre Fauchier. Si on y ajoute les quatre événements rapportés à l’autre poste de quartier, le nombre total d’infractions reliées aux graffitis est de 11 depuis janvier dernier. Cela peut sembler bien peu sur une période de plus de neuf mois, mais rappelons que la majorité des incidents ne sont pas rapportés par les citoyens.
«La situation est quand même relativement sous contrôle, mais on ne peut quand même pas passer tous les jours devant les bâtiments», remarque l’agent Fauchier. Il a ajouté que le service de police est plus vigilant dans les zones scolaires.
De manière générale, les endroits de prédilection des graffiteurs sont ceux qui assurent une plus grande visibilité. Ainsi, les abribus, les stations de métro et les rues passantes sont les principales victimes des agressions à l’aérosol et au crayon-feutre. Daniel Lauzon, directeur artistique au Café-Graffiti, compare le phénomène à un type de publicité. «C’est comme une entreprise qui cherche un endroit pour afficher sa pub, il s’agit toujours de trouver le meilleur emplacement pour se faire voir», explique-t-il. M. Lauzon ajoute qu’il existe deux types de personnes qui dessinent sur les murs. «Il y a ceux qui font ça pour choquer ou parce qu’ils ont quelque chose à prouver. C’est généralement ceux-là qui font des tags un peu partout. Il y a ensuite les artistes-graffiteurs qui ont une certaine éthique et le font pour embellir l’espace urbain.»
Bomber légalement?
Il y a quelques années, la Ville de Montréal avait mis sur pied un grand projet de sensibilisation concernant les graffitis. Des opérations de nettoyage ont été mises en branle, mais également des activités de créations artistiques. L’administration laurentienne avait alors mandaté un artiste-graffiteur, afin qu’il réalise une murale au «skate park» situé près de l’aréna Raymond-Bourque. Des vestiges de la murale peuvent encore être décelés sous les nombreuses couches de peinture, car il s’agit en fait du seul endroit à Saint-Laurent où il est «toléré» de peinturer à la «bombe».
Johanne Houde, chef de la Division des communications à l’arrondissement, rappelle qu’il n’existe aucun endroit sur le territoire de Saint-Laurent où il est légal de «graffer» ou de «taguer ». Le «skate park» demeure une sorte d’exception, puisqu’il s’agit d’un lieu public où il demeure interdit de faire des graffitis, mais dans le cas où des nouveaux seraient dessinés, ceux-ci ne seront pas effacés par le service de travaux publics. «Si nous avions des endroits légaux, cela créerait un effet de dualité dans le message envoyé. C’est comme si nous avions un terrain où il serait légal de faire du vol à l’étalage. Ce n’est pas juste une incivilité, mais un acte criminel, alors un mur légal n’est pas dans les plans», mentionne Mme Houde.
À la Maison des jeunes de Saint-Laurent, un endroit légal pour faire des graffitis serait grandement apprécié par le personnel et nécessairement par sa clientèle. «C’est assez difficile d’intervenir sans mur légal, parce que cela nous empêche de montrer que c’est possible de s’exprimer artistiquement avec des cannettes de peinture dans un cadre légal», explique la coordonnatrice de la Maison, Jennifer Côté.
Même son de cloche au Rap Jeunesse. «Sans mur légal, il ne reste pas beaucoup d’alternative pour les jeunes qui désirent en faire. Même si ce ne sont pas tous les jeunes qui l’utiliseraient, cela pourrait contribuer à diminuer les graffitis illégaux», avance Louise Giguère, coordonnatrice de l’organisme venant en aide à des jeunes vivants des difficultés particulières.
Daniel Lauzon du Café-Graffiti croit également que les lieux où il est permis de s’exprimer à l’aérosol ont un effet positif sur les graffiteurs. «Les murs légaux sont des points de rencontre pour cette communauté. Ils permettent aux jeunes de mieux comprendre la culture et contribuent à diminuer les tags. C’est dommage qu’il soit si difficile d’obtenir de l’information concernant ces endroits.»
Quand vient le temps de nettoyer
«Si les graffitis sont faits sur des immeubles publics ou des propriétés de la ville ou des arrondissements, ils seront nettoyés le plus rapidement possible par les services publics. S’ils sont faits sur une propriété privée, cela demeure de son domaine», indique Bernard Larin, du service des communications de la Ville de Montréal.
À Saint-Laurent, il n'existe pas de règlement qui traite spécifiquement de l'obligation de nettoyer les graffitis sur une propriété privée. Toutefois, le règlement numéro 1050 sur le zonage stipule que «Tout revêtement extérieur d'un bâtiment doit être entretenu de façon à conserver sa qualité originale». Le règlement dit aussi que «Tout matériau de revêtement extérieur, à l'exception du bardage de bois, ne peut être peint». En conséquence de ces éléments, il est théoriquement possible d'émettre un constat d'infraction et de forcer un propriétaire à nettoyer son bâtiment si celui-ci a été graffité. «Dans les faits, nous n'émettons pas de constat. Nous voyons plutôt à informer le propriétaire et nous l'incitons fortement à prendre les mesures pour nettoyer», spécifie Johanne Houde.
À l’été 2005, la patrouille verte de l’Éco-quartier Saint-Laurent avaient reçu le mandat d’informer 160 commerçants de l’arrondissement de leur possibilité de communiquer avec la Ville pour faire enlever les graffitis qu’ils auraient sur leur propriété. Depuis, aucune autre opération du genre ne s’est faite.
Le phénomène des graffitis semble relativement stable à Saint-Laurent. Comme l’explique Louise Giguère du Rap Jeunesse, cela pourrait s’expliquer par le visage multiethnique de l’arrondissement: «ce n’est pas une culture qui est ancrée chez les nouveaux arrivants».
Voyous de l'esthétique
Geneviève ChartrandArticle mis en ligne le 14 septembre 2007
Je n'ai rien contre les graffitis. Je suis sculpteure et j'ai d'ailleurs fait volontairement "tagguer" une de mes oeuvres en ciment. Par contre, je déplore l'aspect "kitch" des graffitis tout comme la peinture à numéros des expositions de collectifs d'artistes qu'on voit poindre dans nos parcs en saison estivale. Il serait terrible que nos espaces publics soient envahis de graffitis au même titre qu'on laisse le visage de certaines banlieues (j'ose nommer la ville de Laval en exemple)se défigurer par un placardage publicitaire immonde. En autant que l'art du graffiti reste éphémère, donc temporaire, nettoyable et, espérons-le, renouvelé pour peut-être "RECRÉER le dit précédent"...