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Toupin fait bloc

Sylvain Sarrazin par Sylvain Sarrazin
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Article mis en ligne le 28 septembre 2007 à 11:00
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Toupin fait bloc
Toutes affiches dehors, une soixantaine d'automobilistes du quartier ont fait l'aller-retour sur Toupin, respectant les règles de circulation applicables. Cette opération est censée symboliser l'achalandage supplémentaire que provoquerait le raccordement avec Cavendish. (Photo: Martin Alarie)
Entre simulation et stimulation
Toupin fait bloc
Excédé, le regroupement des résidants du secteur Toupin a lancé un appel à la mobilisation dans le cadre d’une action originale et symbolique. Le 26 septembre au matin, plus d’une soixantaine de voitures de résidants du secteur se sont engagées dans le trafic, ralentissant la circulation tout au long du boulevard Toupin. Outre la contestation du raccordement du boulevard Cavendish à ce dernier, le but était de simuler la congestion automobile que provoquerait le projet. La démonstration a connu une vive participation. Les élus sont-ils prêts, eux aussi, à mettre un frein au projet?
Les résidants mobilisés, pour faire bloc, ont presque bloqué et immobilisé le trafic automobile sur le boulevard Toupin, entre L’Heureux et Saint-Charles. Pendant plus d’une heure, une soixantaine d’automobilistes arborant l’affiche «Cavendish X Toupin» ont emprunté la rue en boucle, rejoignant le trafic habituel et provoquant ainsi une congestion matinale avec son lot de symbolisme.

«L’objectif était de simuler l’état du trafic quand le boulevard sera raccordé, explique Luc Marion, l’un des porte-parole du regroupement des résidants. Voilà ce que cela donnera quand "l’autoroute Toupin" sera en place.»

«Plusieurs décisions ont été mal prises par le passé, et nous voulons empêcher que la Ville ne commette une grave erreur», relaye Annie Paquette, également représentante du regroupement.

En effet, la question du raccordement du boulevard Cavendish au boulevard Toupin, inscrit à l'agenda depuis plus de 20 ans, a obtenu un feu vert financier en juin dernier de la part du comité exécutif. Depuis ce coup d'accélérateur brusquement donné, le projet soulève de vives inquiétudes dans le rang des résidants du secteur Toupin. Le maire Alan DeSousa a indiqué qu'il serait mené à son terme, mais qu'une série de consultations auraient lieu avant que les pelleteuses ne se mettent en route.
Violence routière
Entre 7h30 et 8h30, les automobilistes empruntant le boulevard Toupin se sont retrouvés englués dans le trafic. Et pour cause: les véhicules «manifestants» avaient reçu pour consigne de respecter strictement les limitations de vitesse, soit 30 km/h pour cette zone scolaire, ainsi que de marquer les arrêts.
La violence routière est déjà d'actualité sur ce boulevard, et les résidants craignent une recrudescence de celle-ci avec le prolongement de Cavendish. «Ici, les gens passent à toute vitesse, sans faire l'arrêt», s'indigne Stéphane Lareau, au volant de sa voiture. Affiches collées sur les vitres latérales, il contribue à la lente procession, espérant pouvoir protéger son quartier. «C'est une zone scolaire, mais les limitations ne sont jamais respectées. Un enfant s'est fait frappé l'an passé. Le quartier fait office de raccourci pour les automobilistes de Laval.»

Une vidéo, tournée aux heures de circulation ordinaires et diffusé sur Internet, prend en flagrant délit les nombreux automobilistes qui ne respectent pas les règles basiques de circulation.

Les coups de klaxon des conducteurs mobilisés se sont rapidement mêlés à ceux des automobilistes pressés d'atteindre le bout du boulevard Toupin. Certains d'entre eux n'ont pas hésité à effectuer de dangereuses manœuvres, vite interceptées par la police qui veillait au grain. Preuve que la transgression des règles est une mauvaise habitude qui s'est implantée.

Pierre Charbonneau, qui réside sur la rue Limoges, a décidé d'exprimer son désaccord, sans volant. «Je suis cycliste, et avant de rallonger les voies et promettre des bouts de pistes cyclables déconnectées entre eux, je pense qu'on aurait besoin d'une rue où on peut circuler à bicycle sans tomber dans un trou d'autruche», réclame-t-il.

Les résidants de Saint-Laurent et de Cartierville n'étaient pas seuls à manifester leur mécontentement, puisque la grogne s'était propagée à Côte-Saint-Luc, où des individus sont aussi sortis de leur réserve.
Demi-tour?
Les demi-tours d'un bout à l'autre du boulevard Toupin pousseront-ils les tenants du projet à faire marche arrière?
Aux dires de M. DeSousa, maire de l'arrondissement, le «U-turn» complet n'est pas à l'ordre du jour, mais ne s'écarte pas des adaptations du projet. «Il faut prévoir des mesures et identifier les problèmes communs. Nous avons recueilli les propositions des résidants et celles des représentants du regroupement, le mois dernier, pour les transmettre à nos services et voir si certains éléments sont réalisables.»

Pour joindre le geste à la parole, le maire s'était saisi de son bâton de pèlerin, et avait passé l'après-midi du dimanche 23 septembre à faire du porte-à-porte. «J'ai reçu un accueil favorable, estime-t-il. Les gens étaient surpris, et c'est une bonne façon de répondre à certaines de leurs craintes. Je veux aller à la rencontre des résidants avec un face-à-face, et prendre leur pouls avant que des décisions soient prises.»

Après une rencontre avec la compagnie mandatée pour le plan de transport local, le 24 septembre, des consultations publiques ont été fixées sur le sujet le 30 octobre et le 1er novembre.

S'agissant de l'opération menée par les résidants le matin du 26 septembre, Alan DeSousa se dit «d'accord avec le geste qui a été posé» en ce qui concerne le respect des règles de circulation. «Nous allons utiliser notre imagination pour que le trafic ne se concentre pas sur Toupin.»

Noushig Eloyan, chef de l'opposition officielle, présente sur les lieux pendant l'événement, a elle aussi salué l'initiative des citoyens, tout en déplorant le «manque de transparence et […] l'arrogance des décideurs dans ce projet». «Ce matin, ce sont les citoyens de Saint-Laurent et de Cartierville qui se sont mobilisés. Ce n'est pas une question de "Pas dans ma cour" », fait-elle remarquer.

Un recul est-il encore possible à ce stade, pour un projet en gestation depuis 20 ans? «Ce n'est pas trop tard, s'exclame-t-elle. Le maire a déjà reculé par le passé sur certains dossiers, pourquoi pas celui-ci?»

Le maire Gérald Tremblay était venu effectuer une visite à bord d'un véhicule sur le boulevard Toupin, le 24 septembre, accompagné du maire d'arrondissement, afin de prendre connaissance des lieux. On ignore si les limites de vitesse et tous les arrêts ont été respectés au cours de cette visite de reconnaissance. Les résidants, eux, espèrent une implication plus grande de la Ville dans ce dossier.



(Photo: Martin Alarie)

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