Affaire du contrat de déneigement
Une mise en demeure à l’arrondissement
Alors que la vérification concernant les allégations de favoritisme se poursuit, le cadre concerné par ces rumeurs, toujours suspendu avec solde, a envoyé une mise en demeure à l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville. L’opposition, de son côté, ne mâche pas ses mots pour décrire la situation.
Bien que le rapport du service du capital humain de la Ville de Montréal, dont nous avons obtenu copie lundi dernier, n’incrimine pas l’arrondissement dans sa manière d’attribuer les contrats de déneigement, l’opposition et certains citoyens continuent de fustiger l’administration Beaudoin à ce sujet. «Jamais la réputation d’Ahuntsic-Cartierville n’avait eu à souffrir d’une telle éclaboussure», a lancé la chef de l’opposition Noushig Eloyan durant la séance du conseil du 3 décembre.
Selon elle, les recommandations du directeur principal de la Ville d’annuler les contrats de transport de neige qui faisaient dissension est le signe d’une sérieuse réprobation, une «formidable tape sur les doigts, pour ne pas dire une gifle» de la part de la direction du contentieux. Elle déplore particulièrement la clause 17 du cahier des charges stipulant que «l’arrondissement n’est tenu d’accepter ni la plus basse, ni aucune soumission.»
Des détails sur le rapport
Un des éléments qui a aiguillé la suspicion de l’opposition est le fait que le premier appel d’offres, lancé le 7 août, avait été retiré pour être remplacé par un second le 20 octobre. L’opposition y a vu une manière de «tailler des contrats sur mesure pour certains soumissionnaires.» Pourtant, d’après Aude Clotteau du service des communications d’Ahuntsic-Cartierville, l’arrondissement se trouvait dans une impasse et n’avait pas le choix de reformuler les appels d’offres.
En effet, des menaces de poursuites on fusé de part et d’autre lors de l’ouverture des premières enveloppes de soumissions. «Les soumissionnaires perdants ont trouvé que le plus bas soumissionnaire n’était pas conforme, et ont menacé de poursuivre l’arrondissement si cet entrepreneur était retenu. Ce dernier, se basant sur le fait qu’il offrait le plus bas prix, a répliqué en affirmant qu’il poursuivrait si sa proposition était rejetée», relate Mme Clotteau.
Pour démêler ce nœud, l’arrondissement a fait appel à la firme d’avocats Dunton-Rainville. «On aurait pu faire appel au service du contentieux, c’est vrai, mais il y a des délais quand on s’adresse à eux, et on voulait régler la question rapidement», explique Mme Clotteau.
Ce sont donc des avocats qui ont procédé à la formulation des nouveaux appels d’offres et à l’examen de la deuxième vague de soumissions, pour des raisons d’impartialité, d’après Mme Clotteau. «Nous voulions éviter que toute personne de l’arrondissement ne soit mêlée au choix des soumissionnaires», dit-elle.
Cependant, les vérificateurs ne semblent pas avoir trouvé trace de ces examens puisque leur rapport précise: «Curieusement, nous ne retrouvons pas d’analyses des soumissions mais plutôt une analyse du cahier des charges.»
Quoi qu’il en soit, le deuxième appel d’offres a fini par poser problème. Les deux soumissionnaires gagnants, Patrick Archambault Transport et Entreprise Ste-Croix n’étaient pas les plus bas soumissionnaires, et pas tout à fait conformes. Le premier n’avait pas tous les camions requis par le contrat, le second n’était pas propriétaire de ses camions, contrairement à ce que les appels d’offres requéraient.
Une faute mineure, selon l’interprétation des avocats, mais majeure d’après le service du contentieux. «Les deux opinions juridiques se valent, et l’arrondissement aurait pu suivre celle de la firme Dunto-Rainville et ne pas annuler les contrats. Mais on a plutôt choisi de suivre les recommandations de la Ville», rapporte Mme Clotteau.
La suite des choses
L’affaire n’est pas encore classée, puisque Daniel Labrecque, adjoint au directeur des travaux publics de l’arrondissement, est toujours suspendu avec solde en attendant les résultats de la vérification le concernant. «Selon les allégations que nous avons obtenues de source anonyme, il semblerait que M. Labrecque aurait été en avril 2007 au Portugal en voyage de golf avec le propriétaire d’Entreprises Ste-Croix, Jean-Guy Ste-Croix. Pour l’instant, nous n’avons pas complété notre enquête», indique le rapport.
Ces rumeurs ont toutefois eu le temps d’écorcher des réputations, a souligné à gros traits Mme Eloyan. Mme Clotteau a indiqué mercredi dernier qu’une mise en demeure avait été envoyée à l’arrondissement par M. Labrecque. Elle n’en a toutefois pas révélé la teneur.