Stéphane Dion surveille les projets en cours dans le comté de Saint-Laurent – Cartierville. Son objectif: créer des ponts entre les entreprises et les organismes communautaires… ce qui ne l'empêche pas de conserver une vision ambitieuse pour la suite de sa carrière politique.
(Photo: Martin Alarie)
Entrevue
M. Dion entre deux mondes
Stéphane Dion est sur plusieurs fronts. Très occupé par ses fonctions de chef du Parti libéral, il garde toutefois un lien avec son comté, à savoir Saint-Laurent – Cartierville. Le début de l'année est habituellement marqué par des soubresauts politiques, incluant bilans annuels et perspectives pour les mois à venir. Pour le député Dion, c'est également l'occasion de revenir ses sur fonctions qu'il occupe depuis plus de dix ans. Entrevue.
Quand Stéphane Dion a accédé au statut de député de la circonscription, s'imaginait-il occuper cette fonction une décennie plus tard? Sa carrière politique a depuis bien évolué, mais il reste enraciné dans un secteur qui, dès le départ, l'a «très bien reçu, et avec lequel [il s'est] tout de suite trouvé à l'aise». De sa confession, le monde des affaires s'y est rapidement retrouvé. De point de vue de la communauté, le travail s'avère plus long et, aujourd'hui encore, constitue l'un des chevaux de bataille du député.
«Dans la circonscription de Saint-Laurent – Cartierville, il existe deux mondes. Celui des entreprises, et un monde communautaire qui tend plus vers le multiculturalisme. Ces deux mondes s'ignorent beaucoup trop. Notre objectif est de bâtir des ponts entre eux», évalue M. Dion. Pour illustrer ses récentes initiatives, il s'en remet au programme de jumelage amorcé récemment (voir Les Nouvelles Saint-Laurent du 9 décembre 2007), jugé comme l'un des principaux gestes posés l'an passé en faveur du développement social et économique du secteur. Le programme a pour dessein de jumeler des entreprises locales avec des organismes communautaires, ce qui a pu donner lieu à des dons de matériel. «Il faut bien travailler dans chacun des mondes, en procédant étape par étape. Connaître les gens d'affaires, puis les acteurs du monde communautaire. Être connu et reconnu comme étant des leurs.» Un défi qui s'étend également sur le plan de l'emploi, où une forte césure demeure entre le bassin économique et l'embauche.
Noyés dans le bassin d'emplois
Le député met en parallèle deux chiffres symboliques pour Saint-Laurent: 80 000 et 100 000. Ces derniers renvoient respectivement au nombre d'habitants de l'arrondissement et au nombre d'emplois. «La plupart des emplois sont occupés par des personnes qui ne résident pas à Saint-Laurent, ce qui prouve à nouveau que les deux mondes dont nous parlions s'ignorent.»
Et lorsque l'on demande à Stéphane Dion ce dont il est le plus insatisfait parmi ses réalisations, il répond sans hésiter: «La pauvreté. Nous avons une économie binaire, avec d'un côté des travailleurs très compétents et de l'autre une partie de la population incapable de prendre les emplois disponibles.» L'échelle locale doit être dépassée sur ce point, selon le député, qui préfère donner une dimension nationale à cette problématique.
Muscler le sport
Les centres sportifs constituent l'autre chantier prioritaire du député; un dossier nécessitant un travail de longue haleine. Saint-Laurent et Cartierville traînent depuis plusieurs années des projets de développement, comme le CASC. Ce dernier a connu un déclic, mais reste toutefois en attente d'un calendrier définitif. «Saint-Laurent manque d'équipements», concède M. Dion, qui reste toutefois dans l'incapacité d'indiquer quand le déclic aura lieu pour l'arrondissement.
Attache local exigée
Les députés de Saint-Laurent, au niveau provincial comme fédéral, sont fort occupés. Christine St-Pierre a son ministère des «trois C», Jacques Dupuis à la Sécurité publique et Stéphane Dion est chef de l'opposition officielle au fédéral… Leur comté peut-il s encore compter sur leur disponibilité? «Il est certain que j'ai moins de temps, mais les résidants du comté comprennent pourquoi», pense Stéphane Dion. «Un système devrait même être instauré pour obliger les élus, y compris le premier ministre, à garder un ancrage local», propose-t-il.
Le chef de l'opposition officielle nous a révélé, d'emblée, convoiter le poste de premier ministre; si telle situation arrivait un jour, il faudra alors surveiller si le lien établi avec Saint-Laurent serait menacé de rupture, et constater si le geste aurait été joint à la parole.
(Photo: Martin Alarie)