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Bashir Lazhar, ou la conjugaison des cultures

Sylvain Sarrazin par Sylvain Sarrazin
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Article mis en ligne le 19 mars 2008 à 15:17
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Bashir Lazhar, ou la conjugaison des cultures
Denis Gravereaux joue le rôle d'un professeur aux prises avec les mœurs québécoises. Il dépeint une réalité qui puise dans le quotidien des immigrants et/ou des enseignants. (Photo: Martin Alarie)
Théâtre
Bashir Lazhar, ou la conjugaison des cultures
Bashir Lazhar a foulé les planches de la salle Émile-Legault, le 18 mars. Ce professeur immigrant, créé de toutes pièces dans le cadre d'un monologue éponyme, touche pourtant à une réalité propre à la société québécoise. Tiraillé entre l'intégration, l'injustice, les mœurs et les valeurs de sa société d'accueil, il se veut le symbole d'enjeux relancés quotidiennement dans les écoles qu'on retrouve à deux pas de la scène…
Bashir Lazhar est situé sur un point nodal. À lui seul, il remet en question un ensemble de valeurs et de conceptions liées à l'immigration.

La pièce de théâtre, écrite par Evelyne de la Chenelière et présentée par le Théâtre d'Aujourd'hui, fait office de pièce maîtresse dans le cadre de la Semaine contre le racisme. En outre, sa résonnance avait un timbre bien particulier dans un lieu tel que Saint-Laurent, pour lequel cette fiction demeure très proche du quotidien (classes à fort caractère multiculturel, enjeux d'éducation, etc.)

Bashir Lazhar a fui l'Algérie pour le Québec. En attendant d'y trouver sa place, il remplace: à la suite du suicide d'une enseignante au sein d'une école, le voilà nouveau maître de classe. Prodiguant ses leçons de façon fort académique, il découvre, au fil des jours, le processus d'apprentissage auquel il devra lui-même se plier.

Et, si ses élèves doivent s'efforcer d'améliorer leur conjugaison, lui aussi est confronté a des problèmes d'accord – d'ordre culturel. «Le choc des cultures comme circonstance atténuante» ne pourra rien y faire: ses initiatives pour tenter d'épouser les mœurs scolaires et sociales échouent, de même que ses revendications pour l'obtention du statut de réfugié. On le voit alors expérimenter la morale des fables de Lafontaine, et subir la même injustice que le loup inflige à l'agneau.

Sur fond de fatalité et d'une actualité brûlante, la pièce, interprétée par Denis Graveraux a certainement interpellé les 250 spectateurs de l'auditoire.
Fables et société affable
«J'aime ce personnage pour son côté humain, et son lien avec les préoccupations sociales du moment», livre l'acteur Denis Gravereaux. «La pièce n'est pas didactique, ni démonstrative. Elle interpelle et ouvre plus qu'elle ne ferme.»
Interrogé sur l'angle pessimiste choisi pour traiter le sujet, l'acteur fait valoir qu'il ne le juge pas tellement éloigné d'une réalité souvent morose. Il évoque le cas de Mohamed Cherfi pour appuyer ses propos – ce dernier ayant obtenu le statut de réfugié politique aux États-Unis après avoir essuyé un refus de la part du Canada.

La pièce, qui avait été jouée pour la première fois au cœur de la tourmente d'Hérouxville, fera le tour de Montréal jusqu'au 12 avril.

(Photo: Martin Alarie)
- «La pièce n'est pas didactique, ni démonstrative. Elle interpelle et ouvre plus qu'elle ne ferme.»
- Denis Gravereaux, alias Bashir Lazhar

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