Durant l'élection américaine historique du 4 novembre, une table ronde réunissant des personnalités de la communauté noire y est allée de son analyse à Montréal. Édouard Staco y était présent, et nous livre son point de vue sur les répercussions locales de l'événement.
(Photo: Courtoisie)
«Obama offre à l'Amérique ce que nous avons déjà au Québec»
Certains étaient chez eux, d'autres attablés dans un bar, au cours de cette soirée pas comme les autres. Le 4 novembre, jour du sacre de Barack Obama, Édouard Staco n'a pas passé cette nuit à simplement regarder ou commenter ce moment historique. En compagnie d'autres panélistes, il a participé à une table ronde pour analyser la portée de ce symbole pour le Québec et sa communauté noire. Au-delà de la question raciale, M. Staco a voulu rappeler que les enjeux sociaux et technologiques sous-jacents à l'élection.
Et l'homme sait de quoi il parle, puisqu'il est directeur des ressources technologiques du Cégep de Saint-Laurent, et membre du Conseil supérieur de l'éducation du Québec. Co-organisateur de la table ronde, il a voulu que la soirée d'élection s'accompagne d'une réflexion pour la communauté de Montréal.
La question centrale de la discussion a surtout porté sur la représentation des minorités au Québec. Si des améliorations ont été palpables au cours des dernières années, comme par exemple la nomination de Yolande James, certains secteurs souffrent encore d'insuffisances. M. Staco pointe le doigt vers la grappe d'élus montréalais. Ce qui présente un léger paradoxe, puisqu'il y a une sous-représentation à l'échelle politique locale, tandis que la sphère provinciale a ménagé des places pour des membres de la communauté noire. «Il y a une amélioration depuis les dernières années», tempère Édouard Staco.
En jetant un œil de l'autre côté de la frontière, le panéliste a voulu souligner deux éléments importants dans le discours du nouveau président américain. D'une part, l'appel lancé auprès des communautés noires et des pères de famille à se prendre en main, dans la mesure où le gouvernement n'a pas la vocation ni la possibilité d'améliorer une volonté sociale.
D'autre part, M. Staco rappelle que Barack Obama, modèle d'ascension sociale, a promis de faciliter l'accès aux études collégiales. «Or, c'est quelque chose que nous avons au Québec», fait remarquer le panéliste, avant de lancer, à son tour, son propre appel: «J'appelle nos jeunes à tirer profit de cette opportunité. Nous avons au Québec un éventail de programmes et une grande accessibilité au niveau collégial. Obama offre à l'Amérique ce que nous avons déjà ici. Il faut en profiter.»
Un premier ministre noir?
Autant dire que nous y sommes allés sans détour avec M. Staco. Un premier ministre québécois ou canadien noir, est-ce envisageable dans les prochaines années? «L'élection d'Obama nous prouve que tout est possible», répond-il du tac-au-tac. Surtout que les Etats-Unis partent de plus loin: les lois ségrégatives ne sont pas si loin derrière nous (deux générations seulement). Mais une plus grande mobilisation des jeunes et une volonté de faire le saut en politique sera nécessaire. La sphère politique, rappelle M. Staco, est le symbole ultime, même si la réalité quotidienne ne changera pas d'un coup d'élection magique.
Par-delà le noir et le blanc
Si les médias ont allégrement mis l'accent sur la couleur de peau de M. Obama, il ne faut pas oublier que le démocrate est avant tout un fin politicien et un excellent rassembleur.
M. Staco, en tant que directeur des ressources technologiques, voit clairement ce qui a favorisé son élection d'un point de vue technique. «Il a fait la campagne la mieux organisée à ce jour, et la plus technologique», estime-t-il. Usuellement, la stratégie prime, avant d'être adaptée à la technologie. Dans le cas d'Obama, la technologie fut un point de départ: Internet, réseaux sociaux, courriels. Cela lui a permis notamment d'aller chercher un électorat jeune ou peu exposé au discours politique. «Il s'est donné les moyens de l'accessibilité. Obama est le président de la modernité», conclut M. Staco.
Un vent de changement qui pourrait attiser des feux d'espoir déjà vifs au Québec pour la communauté noire.
(Photo: Courtoisie)
«J'appelle nos jeunes à tirer profit de la grande accessibilité que nous avons au niveau collégial.»
- Édouard Staco