Le bruit des avions affecte plusieurs résidents qui habitent près de l'aéroport international Pierre-Elliot-Trudeau, dont ceux de Saint-Laurent. La semaine dernière, la Cour d'appel du Québec a entendu des arguments pour intenter un recours collectif contre Aéroports de Montréal, qui permet à certains vols de décoller et d'attérir en dehors des heures autorisées.(Photo: Martin Alarie)
L'appel des citoyens dérangés par le bruit des avions est entendu
Les citoyens de Saint-Laurent se faisant réveiller au petit matin par le bruit des avions qui volent au-dessus de leur tête ont toujours espoir de pouvoir dormir paisiblement sur leurs deux oreilles. La semaine dernière, la Cour d'appel du Québec a entendu leurs arguments pour intenter un recours collectif contre Aéroports de Montréal, qui permet certains transporteurs aériens de décoller et d'atterrir, en particulier ceux d'Air Canada, en dehors des heures autorisées.
«Ils disent qu'il y a une demande [pour des vols tôt le matin], mais ce sont des intérêts économiques qui l'emportent sur le droit à une bonne qualité de vie», dit Me Louis Beauregard, l'avocat représentant le groupe Citoyens pour une qualité de vie<@$p>. Ces gens sont préoccupés par les dommages causés à leur santé et à leur environnement par le bruit des avions qui circulent à l'aéroport international Pierre-Elliot-Trudeau.
Une requête initiale pour un recours collectif de 183 millions $ avait été intentée en 2002, mais elle a été déboutée en Cour supérieure du Québec parce que la poursuite concernait un territoire trop grand, embrassant une population de 100 000 personnes habitant l'ouest de la ville, et risquait d'impliquer trop de cas particuliers.
«Ce que j'ai dit à la Cour [au moment de l'audition de la semaine dernière], c'était de réduire cela aux secteurs de Dorval, de Pointe-Claire et de Saint-Laurent, où il y a très certainement un intérêt commun», explique Me Beauregard. La Cour devrait rendre sa décision d'ici décembre.
Un réveil brutal
Le recours collectif découle d'une décision prise en août 2000 permettant à trois vols de décoller entre 6h15 et 6h45 le matin. Outre quelques circonstances exceptionnelles (délais dus à la température, urgences médicales, etc.), les transporteurs de plus de 45 000 kg n'ont pas le droit de décoller entre minuit et 7h.
«Je suis dans mon lit et tout à coup, j'entends un tintamarre dans mon sommeil. Je regarde dehors et je vois un avion dans ma cour à 2300 pieds dans les airs. C'est incroyable», dit Agathe Bourassa, résidante du boulevard Toupin, faisant remarquer du même coup qu'un tel bruit à cette heure du jour n'est rien de moins que surprenant.
Deux vols intercontinentaux au petit matin seront ajoutés à l'horaire des trois déjà en place cette saison. Les grands transporteurs qui partent entre 6h et 7h comptent maintenant un Boeing 737 (la nouvelle série 800), un modèle plus vieux de 767, en plus des modèles Airbus 219, 320 et 321.
Mme Bourassa croit qu'il n'y a aucune raison particulière pour justifier des départs aussi tôt. «Ces départs ne sont plus des exceptions. [La raison] est économique. Bientôt, ils pourront décoller à 5h du matin», ironise-t-elle.
Pistes préférentielles
La porte-parole d'Aéroports de Montréal, Jacqueline Richard, maintient que des avions partent tôt le matin parce qu'ils sont attendus ailleurs.
«Nous permettons ces départs à la condition que des procédures particulières soient utilisées pour le décollage», soutient-elle.
Les autorités de l'aéroport ont implanté une «procédure de pistes préférentielles» pour éviter que des avions volent au-dessus de secteurs habités durant les heures restreintes.
Depuis l'an 2000, ces vols très matinaux décollent en direction nord-est, vers Saint-Laurent. Les pilotes font ensuite dévier la trajectoire vers la gauche pour sortir de la ville en passant au-dessus de l'autoroute 13. En faisant cela, par contre, les avions survolent inévitablement les régions populeuses du nord de Saint-Laurent et de Cartierville, secteur qu'Agathe Bourassa qualifie de «zone sacrifiée».
Toutefois, les autorités d'Aéroports de Montréal maintiennent que la procédure de pistes préférentielles réduit les bruits qui incommodaient près de 70% de la population située au sud de Dorval, de Pointe-Claire et de Saint-Laurent. Depuis le mois dernier, tous les vols qui quittent le sol entre 23h et 7h doivent utiliser cette trajectoire, si les conditions météorologiques le permettent. Avant, les avions plus légers avaient le droit de décoller et d'atterrir à l'aéroport Trudeau à n'importe quelle heure du jour.
«Ce sont de nouvelles personnes qui sont incommodées par le bruit, mais ce sont moins de personnes», signifie Mme Richard, faisant remarquer que malgré les plaintes récentes de citoyens de Cartierville, le bruit en provenance de l'aéroport a été réduit de façon significative dans l'ensemble, en particulier depuis l'avènement d'appareils beaucoup plus silencieux, comme les A320.
«Certains de ces nouveaux avions sont plus silencieux que d'autres [avions plus légers]. Est-ce qu'un petit avion bruyant qui pèse moins de 45 000 kg est nécessairement mieux qu'un grand avion qui est plus moderne et plus silencieux?, se demande Jacqueline Richard. Transports Canada a établi ce règlement, mais nous le remettons aussi en question.» Traduit par Geneviève Allard