Hyman Quint passe beaucoup de temps au téléphone chaque jour, puisqu'il effectue bénévolement 35 appels d'amitié par semaine à des personnes âgées vivant seuls. (Photo: Martin Alarie)
L'amitié n'a pas d'âge
Des bénévoles créent des liens avec les aînés
Par téléphone ou en personne, des bénévoles consacrent chaque semaine du temps aux aînés. Au moyen d'appels ou de visites d'amitié, ils contribuent au mieux-être de certaines personnes âgées seules, convalescentes, dépressives ou sans famille. Parfois, des liens se créent au fil de ces conversations et de ces rencontres, qui permettent aux aînés de se sentir moins isolés.
Dans une série de reportages sur la vie en résidence pour personnes âgées, le journal Les Nouvelles Saint-Laurent s'intéresse cette semaine aux services d'amitié qui sont offerts à cette clientèle.
Johanna Tousignant effectue des visites d'amitié depuis 12 ans à Saint-Laurent. Elle se rend une fois par semaine chez une dame pour lui tenir compagnie et parler un peu de tout. La relation se poursuit même si la dame a déménagé dans une résidence pour personnes âgées au cours de l'année, puisque sa condition ne lui permettait plus d'être seule à la maison.
«J'arrose parfois ses plantes pour éviter qu'elle fasse des dégâts, mais on passe surtout notre temps à discuter pendant 90 minutes», explique Mme Tousignant, bénévole au Centre d'action bénévole et communautaire (Centre ABC) Saint-Laurent. C'est cet organisme, sous la recommandation du CLSC, qui l'a jumelée à la dame pour lui apporter du réconfort.
«Le but de ces relations d'aide est de briser l'isolement des aînés, affirme Diane Deguire, directrice générale du Centre ABC. Ces personnes peuvent ainsi échanger sur des sujets qui les intéressent, et même se confier.»
Selon elle, le plus important est que les bénévoles prêtent une attention particulière aux aînés pendant quelques heures, notamment en les faisant parler. «Les aînés aiment recevoir de la visite. Des liens se créent et les bénévoles deviennent parfois comme un membre de leur famille.»
35 appels par semaine
Hyman Quint, un anglophone de 92 ans, habite à la Résidence Steger, sur le boulevard Thimens. Chaque semaine, il effectue des appels d'amitié à 35 personnes, avec qui il peut s'entretenir une ou deux fois. Les conversations durent généralement entre deux et dix minutes. Il aimerait en faire davantage, mais la majorité des clients que dessert le Centre ABC sont francophones. Même s'il se débrouille français, d'autres bénévoles peuvent répondre à leurs besoins.
Toutes les semaines, M. Quint, qui est aveugle, reçoit en outre la visite de Raul, un bénévole du Centre ABC âgé d'une quarantaine d'années qu'il a connu voilà trois ans. Depuis, ils sont devenus les meilleurs amis du monde.
«Raul vient me voir chaque samedi pendant plus de deux heures. On marche jusqu'à un parc, on discute et, au retour chez moi, on prend une tasse de thé. Je m'entends bien avec lui», confie gaiement M. Quint, confortablement installé dans son fauteuil.
«Ils sont chanceux de s'avoir l'un et l'autre», précise une de ses trois filles, qui est venue superviser son père durant l'entrevue.
Une motivation exemplaire
Ces bénévoles, qui sont des modèles de dévouement pour la communauté, ne se considèrent pas comme tels. «Je crois suivre l'exemple de ma mère, qui donnait beaucoup aux autres, ce qui m'a ouvert l'esprit. J'aime le contact avec les gens. Ça me fait sortir et ça m'apporte autant quand mon aide fait du bien aux autres. C'est gratifiant», indique Mme Tousignant, qui a plus de temps depuis que ses enfants mènent leur vie d'adultes.
Pour sa part, M. Quint aime rendre service et laisser les gens parler de leurs problèmes, de ce qu'ils ressentent, de ce qu'ils font de leurs journées ou de l'actualité. «Beaucoup d'aînés sont seuls ou sans famille. Je veux les aider, comme j'aimerais qu'on s'occupe de moi dans cette situation», dit-il.
M. Quint, qui a huit petits-enfants, fait des appels d'amitié depuis 30 ans. Il a commencé avec son épouse, qui est décédée il y a une dizaine d'années. Il a toujours continué son bénévolat, allant même jusqu'à porter des fleurs ou du chocolat à ses interlocuteurs, pratique initiée avec son épouse. «Mon père démontre beaucoup de compassion envers les autres. Il prend soin des personnes qu'il appelle», confie fièrement sa fille.
Le YMCA Saint-Laurent offre aussi un service semblable aux aînés, qui se nomme le programme PAIR. «Ça consiste à effectuer un appel chaque jour à une heure convenue chez la personne âgée participante afin de s'assurer de sa présence, mais surtout de son bien-être», résume Dante Reyna, coordonnateur du service aux aînés du YMCA laurentien.