Abdou Lat Fam, du CLSC Saint-Laurent, est membre d'un comité qui dresse actuellement le portrait socio-démographique des aînés de Saint-Laurent et de Bordeaux-Cartierville. La situation économique précaire de plusieurs aînés le préoccupe. (Photo: Alexandre Gauthier)
La misère des aînés
Dans une série de reportages sur la vie en résidence pour personnes âgées, le journal Les Nouvelles Saint-Laurent s'intéresse cette semaine à la pauvreté chez les aînés.
Le coût des logements et la nécessité d'utiliser un transport payant pour se déplacer, notamment pour faire l'épicerie, figurent au nombre des éléments qui accentuent la pauvreté des personnes âgées. Selon le Conseil consultatif national sur le troisième âge (CCNTA), un aîné vivant seul sur cinq avait des revenus sous le seuil de la pauvreté en 2003 au Canada.
Pas facile pour un aîné d'avouer qu'il engloutit la majorité de son budget pour des besoins essentiels, comme le logement et la nourriture. En outre, cette clientèle qui retire pour la plupart des revenus fixes risque de tomber en situation précaire dès l'augmentation de services comme l'électricité, le chauffage, le transport en commun, le téléphone et le câble, ainsi que l'assurance-médicaments.
Pour mieux définir la problématique, une étude socio-démographique est présentement conduite pour dresser le portrait des aînés de Saint-Laurent et de Bordeaux-Cartierville. «Nous étudions les conditions de vie des aînés, dont la pauvreté. On veut creuser cette question, car on sent qu'il y a un problème quand les gens ne sont pas à l'aise d'en parler. On veut améliorer leur qualité de vie», affirme Abdou Lat Fam, organisateur communautaire au CLSC Saint-Laurent. L'étude se déroule conjointement avec le CLSC de Bordeaux-Cartierville.
Le bilan de situation du développement social de Saint-Laurent en 2004 définit la pauvreté comme étant la condition dans laquelle se trouve un être humain qui est privé de manière durable des ressources, des moyens, des choix et du pouvoir nécessaires pour accéder à son autonomie économique et favoriser son inclusion sociale.
Vieillir pauvre
Selon les données du recensement de 2001, 22,3% des résidants de Saint-Laurent sont âgés de 60 ans et plus, soit 17 220 aînés sur une population de 77 405 personnes. Les femmes représentent 59% de ces aînés. Données préoccupantes: 35% des Laurentiens âgés d'entre 65 à 74 ans vivent seuls et ce taux monte à 51% chez ceux âgés de 75 ans et plus. Le bilan de situation du développement social de Saint-Laurent indique que vivre seul constitue un indice de défavorisation.
Selon le CCNTA, les aînés constitueront 18% de la population du Canada d'ici 2021, comparativement à 12,5% en 2000. La proportion de personnes âgées atteint déjà 17,5% à Saint-Laurent, contre 15% à Montréal, dont le taux d'aînés est plus élevé que dans cinq autres grandes villes canadiennes: Winnipeg, Toronto, Vancouver, Ottawa et Calgary.
Le CCNTA estime donc que les aînés n'ont pas pleinement accès aux ressources nécessaires pour vieillir dans le confort et en santé. Ce vieillissement de la population amène des besoins grandissants en matière de politiques, de programmes et de services adaptés.
Favoriser le logement social
Le CCNTA propose de modifier le programme de la Sécurité de la vieillesse et le Régime de pensions du Canada pour mieux lutter contre la pauvreté des aînés et limiter les coûts du logement et des établissements de soins de longue durée.
Le logement représente en effet une des plus grosses dépenses auxquelles font face les aînés. Selon la Société canadienne d'hypothèques et de logement, plus de la moitié des aînés vivant seuls dans un logement avaient des besoins pressants de logement en 2001. C'est-à-dire que 30% de leur revenu était encore insuffisant pour payer le loyer médian des logements acceptables de leur localité.
Les intervenants du milieu communautaire de Saint-Laurent ont tenu en 2000 le forum «La faim justifie les moyens». Ils ont identifié à cette occasion la sécurité alimentaire, puisque plusieurs organismes du territoire ont mis en place des groupes de cuisine collective et du soutien à des groupes d'achats et au dépannage alimentaire. «Ces activités servent à briser l'isolement des gens démunis», soutient M. Lat Fam, du CLSC.
Mais les budgets régionaux consentis pour l'aide à la pauvreté sont malheureusement basés sur des données qui englobent les quartiers favorisés de Saint-Laurent. Ainsi, ils ne tiennent pas compte des écarts importants dans les différents niveaux de vie des Laurentiens. Centraide a heureusement ajusté son aide en sol laurentien et souhaite la mise en oeuvre de solutions durables dans la lutte à la pauvreté.
«Nous étudierons les conditions de vie des aînés, dont la pauvreté. On veut creuser cette question, car on sent qu'il y a un problème quand les gens ne sont pas à l'aise d'en parler. On veut améliorer leur qualité de vie»
- Abdou Lat Fam, organisateur communautaire au CLSC Saint-Laurent