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Guadalupe Vento: un modèle de réussite

Reportage d'une jeune fille immigrante

Article mis en ligne le 3 octobre 2007 à 8:22
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Guadalupe Vento: un modèle de réussite
Guadalupe Vento, en conférence le 2 octobre à Saint-Laurent, fait partager son expérience d'immigrante pour que Québécois comme nouveaux arrivants parviennent à trouver un terrain de compréhension. (Photo: Martin Alarie)
Guadalupe Vento: un modèle de réussite
Reportage d'une jeune fille immigrante
Que l’on vienne d’Orient, d’Afrique, d’Occident ou même d’Amérique latine, le Québec est une terre d’accueil pour les immigrants de partout dans le monde. Guadelupe Vento avait 18 ans quand elle a débarqué au Canada en 1966. Comment son intégration s’est passée et comment a-t-elle été amenée à travailler comme consultante en relations interculturelles? C’est le portrait de cette femme venue de Cuba il y a quarante ans que je vous présente.
Je m’appelle Chloé Bernard. Originaire de France, je suis arrivée au Québec en 1999. J’ai eu l’honneur et le privilège de m’entretenir avec Madame Guadelupe Vento, un modèle de réussite reconnu tant au niveau provincial que national.

En 1966, Guadalupe débarque à Trois-Rivières, une ville qui concentre 97% de francophones. Elle ne parle que l’espagnol et l’anglais. Elle parvient tout de même à décrocher un emploi dans une entreprise de manufacture en tant que responsable de l’assurance-qualité où les 300 couturières sont francophones. Melle Vento est quand même surprise de voir qu’une immigrante, de surcroît anglophone, est engagée dans une entreprise à majorité francophone. Elle apprend donc le français sur le tas, grâce aux travailleuses. C’est alors qu’elle décide d’étudier l’histoire du Québec de façon autonome, pour tenter de comprendre comment cette province du Canada est devenue si nationaliste et comment les gens ont commencé à se battre pour leur langue.

Dès son arrivée, Guadelupe est plongée dans le cœur de l’histoire du Québec, avec la révolution tranquille qui a marqué celui-ci en séparant l’État du clergé. Guadalupe Vento connaît donc très bien l’histoire du Québec, pour l’avoir vécue en même temps que les québécois. Comme tous les immigrants, elle a vécu un choc culturel en arrivant dans son nouveau pays. Et ce à cause de la langue, des mœurs, des coutumes et traditions qu’elle ne connaissait pas encore. Elle a observé la société dans laquelle elle vivait et en a tiré des leçons qu’elle souhaitait partager. Guadalupe a vu un problème que les pays d’accueil rencontrent bien souvent: l’écoute et la communication entre les nouveaux arrivants, qui ne comprennent ni le pays ni ses habitants, et les habitants, qui eux, non plus, ne comprennent pas les immigrants. C’est dans cette perspective qu’elle devient consultante en relations interculturelles. Cela fait 10 ans qu’elle fait ce métier qu’elle adore, en plus d’être formatrice en gestion de la diversité. «C’est mon expérience personnelle qui m’a poussé à faire ce travail-là, ainsi que le besoin que j’ai vu, et auquel j’ai voulu répondre.»
Questions de valeurs
À l’heure actuelle, Guadalupe donne des formations à travers l’île de Montréal, à des cégeps, des professionnels et fonctionnaires du gouvernement, des professeurs, des élèves, des immigrants et des employés sur la gestion des diversités et des relations interculturelles. C’est grâce à son réseau de contact que son agenda est systématiquement plein.
«Est-il possible de s’assimiler à une culture?», lui ai-je demandé. «Cela dépend de chaque individu et de ses valeurs, répond-elle. Mais de façon plus générale, on observe que personne ne peut s’assimiler complètement à une autre façon de penser et de vivre. Chaque individu qui émigre choisit, dans la mesure du possible, quel sera son pays d’accueil.»

Guadalupe Vento m’explique qu’en ayant déménagé dans plusieurs pays différents, une personne a été témoin de plusieurs coutumes, traditions, valeurs et langues différentes. Et cette personne choisit et fait le « tri » de ces valeurs pour choisir celles qui sont les plus importantes pour elle. De cette manière, il est très difficile d’adhérer à une manière de penser intégralement.

«Chaque immigrant, me dit-elle, qu’il soit d’ici ou d’ailleurs, est pris entre ses racines, les coutumes et traditions de son pays et parfois même la langue de son pays d’origine, si cela diffère, et entre les coutumes de son pays d’accueil, en l’occurrence le Québec, les traditions d’ici et la langue d’ici. Et il est difficile de tout assimiler et de changer intégralement dans notre façon de faire, puisque l’on a déjà nos valeurs, et notre savoir-être et savoir-faire. Bien sûr, un immigrant doit s’efforcer de comprendre le pays dans lequel il habite, et essayer de vivre comme les habitants de ce pays -là.»

Guadalupe Vento m’avoue qu’elle n’est pas retournée à Cuba depuis son arrivée au Québec. Elle est contente d’habiter ici et ne souhaite pas vivre ailleurs. Elle a réussi à maîtriser une langue qui lui était inconnue, à connaître l’histoire d’un pays qu’elle ne comprenait pas, à comprendre des personnes qui lui étaient étrangères. Maintenant ce sont eux qu’elle aide, par son expérience et par son propre choc culturel au Québec.

Ce que je retiens de l’histoire de Guadalupe Vento, c’est une femme consacrée à aider les gens qui l’entourent à travers un métier qui la passionne. C’est un symbole de réussite pour les immigrants comme pour les québécois, car elle fait le pont entre les deux. Guadalupe est un modèle d’intégration et de persévérance inspirant pour la nouvelle génération.

(Écrit par Chloé Bernard)

(Photo: Martin Alarie)

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