Un rapport de la santé publique, repris dans les médias, pointait du doigt la présence anormalement élevée de gaz toxiques dans l'aréna du cégep Saint-Laurent. De nombreux investissements ont permis de contredire cette situation.
(Photo: Martin Alarie)
Cégep de Saint-Laurent
Ça gaze pour l'aréna
C'est au cœur d'un véritable brouillard médiatique que s'est retrouvée l'aréna du cégep de Saint-Laurent. Les colonnes d'un quotidien montréalais faisaient état, au mois d'octobre, d'une présence de gaz toxiques anormalement élevée dans de nombreux arénas à travers l'île, y compris celle de l'établissement laurentien. Cependant, il semble que la charrue ait été mise avant les bœufs, puisque des dispositions de régulation avaient été prises avant et après les tests. Désembuage de la situation.
Y a-t-il de l'eau dans le gaz à Saint-Laurent? À en croire l'article au ton alarmiste publié dans the Gazette au cours du mois dernier, joueurs de hockey et patineurs de tout poil auraient de quoi s'inquiéter.
Plus d'une cinquantaine de structures, y compris l'aréna Ronald Caron du cégep de Saint-Laurent, présenteraient des taux excessifs de monoxyde de carbone et de d'oxyde d'azote, gaz nocifs. L'article du quotidien anglophone se base sur un rapport publié au printemps dernier, les tests ayant été effectués au début de l'année. Cependant, le laps de temps écoulé entre les résultats des tests et la publication de l'information occulte le fait que, dans le cas de l'aréna du cégep de Saint-Laurent, des adaptations avaient été effectuées. «Avant la publication, personne n'a pris la peine de nous appeler pour vérifier que ces données soient toujours exactes» déplore Loreto Garrido, agente d'information de l'établissement d'éducation.
Pour tenter de démêler le concours de circonstances qui a mené à ce flou artistique, Bruno Côté, coordonnateur des ressources matérielles du cégep, déroule la chronologie des faits.
«Entre 2005 et 2006, la dalle entière avait été refaite, rappelle-t-il. Un chauffage sous dalle a été installé, et nous en avons profité pour mettre en place des détecteurs de monoxyde de carbone.»
Ce gaz, généré par la combustion des moteurs à essence, hante les arénas suite à l'utilisation des coupe-bordures et des surfaceuses. Le cégep de Saint-Laurent avait décidé de prendre le taureau par les cornes en investissant dans une surfaceuse électrique flambante neuve, au coût de 150 000$. Celle-ci a foulé la patinoire pour la première fois le 6 novembre, et devrait régler définitivement la polémique.
Plein gaz sur les investissements
Toutefois, les tests démontrent un taux de concentration plus élevé par rapport aux recommandations établies, et correspondent donc à une situation réelle sur une période donnée. Le rapport fait état d'un taux d'oxyde d'azote de 2.1 ppm, ce qui représente une quantité quatre fois plus élevée la limite recommandée.
«On suppose que les contrôleurs de l'agence de santé publique se sont présentés juste après que des travaux de glace aient été effectués», avance M. Côté, surpris par les résultats.
Une hypothèse confirmée par Monique Beausoleil, toxicologue pour la direction de la santé publique de Montréal, et partie prenante aux tests. «Il semble effectivement qu'un surfaçage avait eu lieu au moment où les prélèvements ont été effectués, livre-t-elle. Mais selon notre observation, la ventilation aurait dû être augmentée.»
De son côté, Bruno Côté insiste sur le fait que «durant les périodes qui suivent un surfaçage, aucun joueur ne pratique sur la patinoire avant que les gaz ne soient évacués.»
Quoi qu'il en soit, le même cap semble être tenu autant par les analystes que par les analysés. «Les investissements du cégep indiquent que, s'il y avait problème, il a été pris en charge, et c'est l'objectif recherché», conclut Mme Beausoleil.
En effet, entre l'installation de détecteurs de gaz connectés à une centrale informatique, l'acquisition d'une nouvelle surfaceuse électrique et un système ventilation efficace, l'aréna ferait plutôt figure de modèle que de porteur de bonnet d'âne.
Dernier détail qui achève de désenfler la polémique, le statut des indicateurs est rappelé par Monique Beausoleil: «Les critères déterminés par nos services n'ont pas valeur de règlement et, de plus, sont fixés bien en deçà de la limite de l'intoxication. La marge reste importante.»
Conclusion: si les joueurs de hockey pratiquant à Saint-Laurent sont appelés à retenir leur souffle, cela ne fera pas à l'aréna du cégep, mais bien devant un match du Canadien.