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«Immigrer, c’est recommencer sa vie à zéro»

Entrevue avec Maria Mourani

Article mis en ligne le 27 novembre 2007 à 16:00
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«Immigrer, c’est recommencer sa vie à zéro»
N’ayant jamais vécu au Liban dont ses parents sont originaires, Mme Mourani y est allée en mission pour la première fois à la fin de la guerre de 2006. «Le peu que j’ai vu m’a beaucoup touchée.» On la voit ici dans le village de Bint Jbeil. (Photo: Archives)
«Immigrer, c’est recommencer sa vie à zéro»
Entrevue avec Maria Mourani
Née en Côte-d’Ivoire de parents libanais, après avoir grandi en Afrique et en France, Maria Mourani s’est installée au Québec à 17 ans. Les difficultés d’adaptations du début n’ont pas empêché la députée fédérale d’Ahuntsic de se tailler une place importante dans son nouveau pays, ni d’apprendre à s’y sentir chez elle. La première femme libanaise à avoir siégé à la chambre des communes raconte son parcours.
Catherine Leroux: Pourquoi avoir choisi le Québec?

Maria Mourani: Il s’agit d’un choix familial. Mes parents voulaient réunifier la famille, qui était éparpillée sur trois continents, et le Québec s’est imposé à eux comme le meilleur endroit où s’installer. Ils ont cru qu’il serait plus facile de s’y intégrer en raison de l’usage de la langue française.

C.L.: Et l’intégration s’est elle faite aussi facilement que l’espéraient vos parents?

M.M.:C’a été difficile au début. J’ai dû quitter mes amis, me refaire un réseau social ici. Pour les études, je devais recommencer certains cours parce que je n’avais pas les équivalences. Immigrer, c’est recommencer sa vie à zéro. C’est donc encore plus difficile pour un adulte; moi j’ai eu la chance d’arriver jeune. Ceci dit, je n’ai pas vécu de racisme ou d’exclusion.

C.L.:Avez-vous vécu un choc culturel, ou un choc de valeurs?

M.M.: Oui, les valeurs d’ici sont très différentes de ce que j’avais connu en Côte d’Ivoire ou en France, qui sont des pays très conviviaux. Ici, la société est plus individualiste. Je me souviens quand je suis arrivée, je disais bonjour aux gens dans les rues d’Ahuntsic et on me regardait de travers. Les autres choses qui m’ont choquée en arrivant, c’était le changement de climat, et la nourriture. J’avais beaucoup de mal à comprendre l’accent québécois, les expressions, ce qui donnait des malentendus étranges, comme lorsqu’on me demandait «as-tu un chum» et je croyais qu’on voulait savoir si j’avais une chambre! C’est drôle, mais ce sont souvent les petites choses insignifiantes qui dépaysent.

C.L.: Mais vous avez quand même fini par vous intégrer, à un tel point que vous êtes devenue une leader dans votre communauté. Comment s’est faite votre entrée en politique?

M.M.: J’ai toujours aimé la politique. Déjà en Côte d’Ivoire, je participais à des activités d’engagement social, à des débats… Quand je suis arrivée ici, j’ai mis ça de côté parce que je devais d’abord penser à m’intégrer, à survivre. Tu ne peux pas penser à la politique quand tu dois te battre pour réussir tes études, te trouver du travail. Mais à partir du moment où j’ai commencé à être plus stable, je me suis retrouvée par hasard dans une assemblée du Parti québécois, dont mes parents étaient membres, et ça m’a rappelé mon intérêt pour la politique. Je suis devenue membre officielle en 2002.

C.L.: Pourquoi le Parti québécois?

M.M.: Pour ma famille, on n’est pas venus au Canada, on est venus au Québec, que j’ai toujours trouvé très différent des autres provinces canadiennes. Les valeurs du Parti québécois comme celles du Bloc correspondent aux miennes: patriotisme, progressisme, promotion du français…

C.L.: En tant que femme, avez-vous trouvé difficile de faire votre place en politique?

M.M.: Oui. En général, faire de la politique pour les femmes, ce n’est pas aussi facile que pour un homme. Il faut toujours faire ses preuves, plus que les hommes il faut montrer qu’on est compétent – même si parfois on est meilleures! La conciliation travail-famille est aussi un gros problème. Je viens d’avoir un bébé, et je ne veux pas le laisser, mais je n’ai aucun congé. Je devrai installer un lit à mon bureau de comté et à Ottawa, m’organiser pour être présente pour lui à travers mes fonctions de députée. Les hommes n’ont pas les mêmes dilemmes. Si on veut plus de femmes en politique, il faudra trouver des accommodements. En même temps, c’est parce qu’elles vivent ces difficultés qu’elles peuvent apporter des avancées en politique, comme les garderies à 5$; elles sont proches de ces réalités.

C.L.: Pensez-vous que votre expérience d’immigration a un impact similaire sur votre travail?

M.M.: Oui, par exemple, lorsqu’il est question de reconnaissance des diplômes. J’ai vécu cette situation, et je comprends ce que ça veut dire de voir son diplôme rejeté, quel est l’impact dans la vie quotidienne. Cela ne veut pas dire que quelqu’un qui n’a pas vécu ce genre de chose ne peut pas comprendre, mais l’émotion ne sera pas la même.

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