Pierre Wilson, directeur du musée des Maîtres et Artisans du Québec, craint la dégradation de la collection entreposée. Une des solutions envisageables: l'intégrer dans la nouvelle bibliothèque, dont le projet est encore en attente de gestes de la part de la Ville.
(Photo: Martin Alarie)
Collections du musée
Solution sous réserve
Dans les entrailles de Saint-Laurent, quelque chose sommeille. Et pourrait s'éveiller en fort mauvais état. Les milliers d'objets anciens constituant la réserve du Musée des Maîtres et Artisans du Québec sont parqués dans un milieu nuisible à leur conservation. La réserve est en quête d'un nouveau logis, mais l'affaire est épineuse. Quel avenir lui est réservé?
«Il faut donner du temps au temps», écrivait Miguel de Cervantes. C'est précisément cette maxime que l'on applique en bâtissant des musées. Les collections aident à lutter contre l'érosion mémorielle. Toutefois, le temps peut être à double tranchant. Parlez-en à l'unique musée de Saint-Laurent. Les années ont eu le temps de s'écouler avant que ne se profile une solution pour sa réserve. En effet, dans les tréfonds de l'arrondissement, quelque part sous le tumulte du boulevard Décarie, sont silencieusement tapis d'innombrables objets, tapant du pied en attendant un meilleur toit. Ils constituent la réserve du musée. En effet, si la collection permanente regroupe 450 pièces, elle ne constitue que la partie émergée de l'iceberg. En sous-sol, elles sont plus de 9000 à sommeiller, dans des conditions loin d'être idéales.
«Les objets de la réserve sont insuffisamment protégés, prévient Pierre Wilson, directeur conservateur du Musée des Maîtres et Artisans du Québec. Il n'y a pas eu de perte pour l'instant, mais le risque de dégradation est bien là.»
Entreposée en sous-sol, la partie cachée de la collection souffre également de ses voisins du dessus, peu accommodants: magasins et restaurants provoquent une agitation qui ne sied pas à la conservation. Mais les ennemis les plus menaçants pourraient bien être les moins visibles, à savoir l'humidité et l'amplitude thermique. Au sein de la salle actuelle, aucun contrôle de ces paramètres n'est possible. Comme quoi, l'art et ses œuvres sont eux aussi confrontés à des problématiques climatiques qui leur sont propres. «Le pire, ce sont les grands écarts au sein d'une même journée, constate M. Wilson. Les objets sont protégés avec des caisses et des plastiques, et heureusement, aucun d'entre eux n'a été perdu jusqu'à aujourd'hui.»
Il n'en reste pas moins que cet entreposage n'est pas très catholique, voire peu sain, par rapport aux pratiques muséologiques. D'autant plus que le tout représente plusieurs millions de dollars, selon la direction du musée.
La fonction de la réserve est de pouvoir y piocher, à l'occasion, des pièces qui viendront illustrer des expositions temporaires. Par exemple, plusieurs tapis crochetés en ont été tirés afin d'accompagner l'exposition actuelle.
Réservé sur l'avenir
Le plan de sauvetage est, pourtant, depuis longtemps mis en branle. Plusieurs solutions ont été étudiées, proposées; aucune n'a vu le jour, condamnant la réserve au confinement dans sa sombre tanière. L'expatriation à Blainville ou au sein d'une réserve régionale avait été avancée, afin de bénéficier de loyers et de taxes plus avantageux.
L'évocation du projet d'une seconde bibliothèque à Saint-Laurent, à peine sorti des étagères, changeait la donne. «On est prêt à intégrer la réserve dans le projet de la bibliothèque, confirme Serge Lamontagne, directeur de l'arrondissement Saint-Laurent. Cependant, nous sommes toujours dans l'attente du programme de la Ville de Montréal et de subventions.» Le feu reste ainsi encore au rouge pour le projet au complet, bien que ce dernier ait été identifié comme prioritaire par l'arrondissement, et que «des sommes aient été réservées pour sa construction au niveau local».
La viabilité de la bibliothèque pourrait constituer la planche de salut de la réserve du musée. Par ailleurs, une réunion entre les responsables de l'arrondissement et la direction du musée a eu lieu en début de semaine. À propos de l'intégration éventuelle de la réserve, Serge Lamontagne précise qu'«il y aura certainement une façon de faire, car des précédents existent».
Le meilleur allié de la réserve sera donc, une fois de plus, le sablier. En espérant qu'ils ne retourneront pas à la poussière d'ici l'avènement d'une solution concrète.
(Photo: Martin Alarie)
(Photo: Martin Alarie)