Le rapport de la commission a été remis. Sa portée pour les communautés de Saint-Laurent semble limitée, puisque depuis trois décennies, le secteur fait figure de modèle en matière d'interculturalité.
(Photo: Archives)
Rapport de la Commission Bouchard-Taylor
Une impression de déjà-vécu
Le pavé tant attendu a enfin été porté à la connaissance du public. Les résultats de la Commission Bouchard-Taylor sont-ils à la hauteur des expectations? Les acteurs de Saint-Laurent qui vivent la diversité au quotidien livrent leur point de vue sur les apports – s'il y en a – du rapport.
Les deux intellectuels ont-ils permis de faire avancer l'énigme? Ou bien enfoncent-ils des portes ouvertes? À Saint-Laurent, les conclusions et préconisations du rapport de la commission ont une résonnance bien particulière. Les acteurs éducatifs, scolaires et communautaires n'avaient pas attendu le mot de la fin pour se mettre au diapason de la multiculturalité et de sa gestion.
Au sein des écoles de la Commission scolaire Marguerite Bourgeoys, les devants avaient été pris. Pour Louise Chénard, directrice de l'école secondaire Saint-Laurent - l'un des établissements scolaires les plus multiculturels de la province – les demandes formulées au sein du mémoire déposé auprès de la commission ont été relayées dans ses conclusions. «On voit bien la distinction qui a été faite entre l'interculturalisme et le multiculturalisme, ainsi que le principe de laïcité ouverte. Il aurait été difficile de s'enligner sur un modèle de type français, avec une laïcité absolue, tout en respectant la Charte des droits et libertés», analyse Mme Chénard. Selon elle, les heurts sont peu nombreux et «demeurent l'exception».
Cependant, de manière globale, les conclusions du rapport conduiront, d'après la directrice, à d'autres débats, fructueux ou non.
Du côté de la CSMB, , nous avons demandé à Diane Lamarche-Venne, présidente de l'institution, si le rapport n'enfonce pas des portes ouvertes. «C'est gentiment dit!», a ironisé la commissaire. «Nous sommes arrivé à la conclusion que les résultats du rapport allait dans le sens du mémoire que nous avions déposé. Mais nous n'avons jamais considéré qu'il y avait des problèmes, insiste-t-elle. Il faut comprendre qu'une politique d'accommodement et d'intégration, cela ne se fait pas du jour au lendemain.»
Pour la présidente de la CSMB, cela ne doit pas partir «de la tête, mais bien de la communauté», tout en estimant que l'exercice des auditions de la commission fut une «bonne thérapie de groupe».
En outre, Mme Lamarche-Venne s'étonne des initiatives règlementaires faites au sujet des salles de prière dans les écoles. «Nous n'avons tout simplement jamais eu de demande de ce type-là!»
Un exemple frappant, sachant que le territoire sur lequel opère la CSMB accueille plus de 150 ethnies différentes, aux confessions tout aussi variées.
Pour le maire de Saint-Laurent, l'arrondissement reste un «endroit privilégié, avec une politique municipale interculturelle qui fait école, même si des progrès peuvent toujours être faits.»
Les conclusions du rapport seront examinées en détail par le conseil.
Faire une croix sur les suggestions?
Concernant la portée politique du rapport, l'une des suggestions a fait grand bruit au sein de l'Assemblée. En effet, évoquer l'idée de décrocher le crucifix y trônant, par souci de laïcité, a provoqué une mini-tempête autour de la question, et un refus catégorique de la part du premier ministre Jean Charest, invoquant le poids historique de l'Église dans l'histoire du Québec. Il fut aussi question de cesser les séances de prière qui inauguraient les séances de certains conseils municipaux.
Dans la salle du conseil, une croix chrétienne figure sur l'un des murs. Un instant de recueillement est respecté avant le début de chaque séance.
Face aux préconisations de la commission, la justification historique est, à l'instar du provincial, brandie.
«Je vois la croix comme un élément historique du passé de Saint-Laurent, fondé par les Sulpiciens, juge le maire Alan DeSousa. Ils furent les premiers à s'établir et beaucoup d'institutions publiques y font référence. Même le nom de l'arrondissement évoque le passé de la communauté chrétienne.»
Le maire ajoute que la croix occupe «une place assez discrète».
Concernant l'instant de recueillement, il en fait un argument d'ouverture. «Il s'agit d'une pratique qui s'adresse à tous, qu'ils soient attachés à une religion ou pas. Cela nous met à l'avant-garde de plusieurs autres communautés, plus ancrées dans les pratiques religieuses», fait valoir le maire.
En somme, le rapport déposé par les deux intellectuels pourrait aisément illustrer ses recommandations en tirant des exemples du secteur.
(Photo: Archives)