Sa victoire écrasante dans son propre comté était une bien maigre consolation pour Stéphane Dion. Les libéraux ont perdu plusieurs sièges lors des élections. Malgré cette tempête électorale, il a exprimé sa volonté de rester à la barre.
(Photo: Alarie Photo)
Amère victoire pour le député Stéphane Dion
Mardi soir, la victoire du député de Saint-Laurent – Cartierville, sa sixième d'affilée, avait une saveur inédite. Celle de l'amertume d'un chef face à la débâcle de son parti dans le reste du Canada. Entre deux eaux, Stéphane Dion a annoncé qu'il conservait la tête du parti, devant médias et militants réunis à l'hôtel Four Points de Saint-Laurent
Le chef libéral a reculé le moment de son apparition jusqu'au-delà de minuit, heure à laquelle les tendances se profilant en début de soirée furent confirmées. Quelques comtés tanguaient encore d'un bord puis de l'autre, comme à Ahuntsic où le derby Bakopanos – Mourani n'en finissait plus, mais les troupes libérales, partout au Canada durent accepter l'évidence. C'est un recul.
Oreilles et micros sont restés pendus aux lèvres du chef libéral, tous se demandant quelles serait la première allocution du chef défait et député victorieux. Ses toutes premières pensées sont allées droit aux électeurs de son comté. «Je tiens tout d'abord à remercier les électeurs de Saint-Laurent – Cartierville», a-t-il lancé depuis la tribune, avant d'évoquer «l'histoire d'amour qui [le] lie à ce comté», une formule qu'il avait livrée lors de l'entrevue accordée dans les derniers jours de sa campagne.
La victoire du député, qui était prévisible, a fortement contrasté avec la débandade libérale. Il a même légèrement amélioré ses résultats, puisqu'il avait obtenu 59,84% des voix en 2006, contre 61,7% le 14 octobre 2008. Cela représente 25 095 votes en sa faveur.
Entouré de sa femme et de sa fille, le libéral affichait une mine neutre, mais on pouvait y lire du dépit. Il a indiqué son refus de se faire désarçonner de la tête du parti et fait part de sa détermination à demeurer chef de l'opposition. Il se veut aussi conciliateur autour du thème qui a secoué la campagne électorale, l'économie. Si la crise financière et sa propagation a pu brouiller les cartes, les jeux sont faits et les rôles politiques sont distribués. Stéphane Dion compte sur tous les joueurs pour trouver un terrain d'entente. Mais il devra composer avec le meneur de jeu, Stephen Harper. Le conservateur, bien qu'ayant pioché très près de la meilleure carte – une majorité au parlement – se trouve conforté dans son siège de premier ministre.
Dans le quartier général laurentien des libéraux, l'enthousiasme se faisait entendre au fil des bastions conservés par les rouge et blanc, principalement au Québec. La confortable avance de Justin Trudeau dans Papineau avait été accueillie à grand renfort de tapage. Mais les mines se firent de moins en moins enjouées à mesure que le voile se levait sur la prochaine majorité. Le doute commençait à s'exprimer. «C'est une véritable zizanie dans le parti», avoue un conseiller politique libéral, sous couvert d'anonymat. D'après cette source, il serait peu étonnant de voir une nouvelle course à la chefferie dans un avenir proche. Pourtant, le prochain vote de confiance est programmé pour mai 2009, et Stéphane Dion a fait clairement savoir qu'il restait en selle pour mener l'opposition.
Le chef du parti libéral a quitté la tribune, s'est frayé un chemin dans la foule médiatique et partisane, et a finalement disparu dans l'ascenseur de l'hôtel.
Au final, Stéphane Dion n'a pas réussi à provoquer la surprise, raflant un sixième mandat dans son propre comté, incapable de déloger les conservateurs ailleurs au pays.
Rien n'est acquis pour la suite des événements, hormis ce siège de député acquis avec facilité.
(Photo: Alarie Photo)