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La malbouffe dans les CPE: un mythe à Saint-Laurent?

Alexandre Gauthier par Alexandre Gauthier
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Article mis en ligne le 13 octobre 2006 à 15:34
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La malbouffe dans les CPE: un mythe à Saint-Laurent?
Sur l'heure du lunch, jeudi dernier au CPE Tchou-Tchou, le petit Émile a tendu l'assiette à Emmanuelle pour dîner. L'éducatrice Lesley a effectué le service. Au fond, Loïc attend son tour. - (Photo : Jacques Pharand)
La malbouffe dans les CPE: un mythe à Saint-Laurent?
Une enquête du magazine Enfants-Québec et de l'émission L'Épicerie a récemment révélé que la moitié des Centres de la petite enfance (CPE) au Québec offre des aliments frits à manger aux enfants. À Saint-Laurent, deux CPE n'ont pas hésité à présenter leur menu au journal Les Nouvelles Saint-Laurent pour démontrer la qualité de leur nourriture.
«On mange bien chez nous», affirme Christine Durocher, directrice du CPE Tchou-Tchou, qui accueille chaque jour 80 enfants allant de 18 mois jusqu'à l'âge de la maternelle. Le tiers de sa clientèle est confié par des employés du CLSC-CHSLD et du Provigo, deux établissements situés sur l'avenue Sainte-Croix.

«Une bonne alimentation des enfants est essentielle. On fait l'éducation des goûts dans les années cruciales des tout-petits. On considère que c'est aussi important que le développement du langage», dit-elle.

Mme Durocher souligne qu'un enfant peut apprendre à aimer un aliment qu'il ne connaît pas et qu'il peut vouloir en manger à la maison. «Un enfant aux goûts plutôt difficiles a fini par dévorer de l'orge», illustre-t-elle.

Même constat du côté du CPE Vol au vent. «On est fier de notre menu. Ici, la friture n'existe pas», lance la directrice Michèle Marchand. Le CPE Vol au vent regroupe 120 enfants de 4 ans et moins. Ceux-ci sont tous des petits des employés de Bombardier.

«Nos menus sont équilibrés et sans gras. Ils suivent le Guide alimentaire canadien et on ajoute de la diversité pour faire découvrir des aliments aux enfants», ajoute Mme Marchand. Elle confie que, pour contrer l'obésité, le conseil d'administration de l'établissement insiste pour offrir un menu santé.

Un troisième CPE, dont la direction n'a pas voulu répondre officiellement aux questions du journal, a quand même laissé savoir que ses deux cuisinières ont beaucoup d'imagination pour rendre le menu appétissant. Ce centre de 80 enfants âgés de 18 mois à 5 ans offre notamment des légumineuses et du tofu, mais aucune friture. À cet endroit, les recettes sont faites maison. Un comité d'alimentation se réunit quatre fois par année et le menu est revu deux fois l'an par une nutritionniste.
Enquête révélatrice?
L'enquête a évalué le menu de 100 CPE choisis au hasard dans toutes les régions de la province, qui en compte 1004, dont 12 à Saint-Laurent. Trente CPE parmi ceux visés, dont trois situés à Montréal, ont volontairement soumis leurs menus à la nutritionniste de l'enquête, qui les a analysés selon dix critères.
Elle a déterminé que, chaque jour, la moitié de ces CPE n'offrent pas de légumes et qu'un sur quatre ne sert aucun fruit. Pire, la moitié de ces centres offrent de la malbouffe, comme des egg rolls, du poisson pané, des saucisses, de la pizza et des frites. En outre, quatre CPE ne respectent pas la base du Guide alimentaire canadien.

Toutefois, deux CPE ont obtenu une note parfaite. «Ça démontre que c'est possible d'inculquer de bonnes habitudes alimentaires aux petits enfants», estime Isabelle Cuchet, du magazine Enfants-Québec<@$p>.
L'apport des cuisinières
Les résultats de l'enquête ont déçu le personnel du CPE Vol au vent. «On s'attendait à mieux, mais l'échantillonnage est petit», confie Mme Marchand. Les trois cuisinières de l'endroit, Thérèse, Francine et Louise, ont suivi une technique en nutrition et un cours de cuisine en établissement. «On fait tout maison, de la purée pour les poupons aux repas pour les plus grands, ainsi que des biscuits santé», mentionne Francine. «Le menu comprend du poisson, du tofu, des légumineuses et de la viande», ajoute Thérèse.
Celles-ci doivent aussi composer avec les allergies alimentaires, devenues monnaie courante de nos jours, et les restrictions religieuses des enfants. «On a classé les allergies et les restrictions par catégories avec le nom de l'enfant et son groupe. Ce système nous facilite le travail», précise Thérèse.

Au CPE Tchou-Tchou, une salade accompagne chaque repas pour faire goûter des aliments, comme des avocats et des épinards. Dans ces deux CPE, les enfants récoltent les légumes du potager, qui leur seront ensuite servis.
Menu soumis aux parents
L'enquête dans les cuisines des CPE a permis de démontrer que les parents ont un rôle à jouer dans le choix des menus. En effet, les parents sont majoritaires au sein des conseils d'administration des CPE et ils peuvent décider ce qui sera servi à leurs enfants.
«On comble au moins la moitié des besoins nutritionnels de l'enfant dans une journée, estime Mme Marchand. Les parents ont certainement leur mot à dire dans les menus.» D'ailleurs, au CPE Vol au vent, le menu d'hiver sera servi à compter du 23 octobre, et s'étendra sur quatre semaines.

Au moment de l'entrevue, mercredi dernier, la directrice complétait l'ébauche du menu à l'ordinateur. Elle allait ensuite le soumettre aux parents. «On est ouvert aux suggestions», dit-elle sans détour. S'il est accepté, ce menu comprendrait, par exemple, une salade aux betteraves, une soupe aux lentilles et aux légumes, du couscous, du chili et du saumon.
Recours possibles
La réglementation dans les CPE exige que le menu soit affiché. Toutefois, le Guide alimentaire canadien actuel ne dit rien sur la fraîcheur, la variété et la qualité des aliments. Une nouvelle version du guide sera disponible bientôt et ces éléments y seront peut-être clarifiés.
En cas d'insatisfaction concernant les menus, les parents peuvent porter plainte de façon anonyme au ministère de la Famille. «Les parents n'osent pas critiquer, parce que c'est déjà difficile d'obtenir une place dans un CPE pour leurs enfants. Pourtant, ils ont tous les outils nécessaires pour faire valoir leur opinion», estime Mme Cuchet.

Comme le gouvernement souhaite sortir la malbouffe des écoles, explique la présidente de l'Association des CPE du Québec, Johanne Roy, les CPE devraient servir de modèles.

Pour Thérèse et Francine, leur rôle de cuisinière va plus loin que de simplement donner à manger. «C'est stimulant de savoir qu'on contribue à la santé et à l'avenir des enfants. Surtout quand leurs parents demandent nos recettes!». Leur nourriture est tellement appréciée qu'elles ont déjà eu des commandes pour apporter par des parents. Elles suggèrent plutôt aux parents de dîner avec leur enfant... au CPE!

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