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Une nouvelle vie pour une virtuose centenaire

Alexandre Gauthier par Alexandre Gauthier
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Article mis en ligne le 5 janvier 2007 à 12:41
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Une nouvelle vie pour une virtuose centenaire
Rose Lamothe-Breton aura 104 ans jeudi. Passionnée de musique, elle joue de l'orgue au Manoir Saint-Laurent. (Photo: Jacques Pharand)
Une nouvelle vie pour une virtuose centenaire
Quelques semaines seulement après avoir emménagé au Manoir Saint-Laurent, Rose Lamothe-Breton célébrera son 104e anniversaire de naissance ce jeudi, 11 janvier. En forme et autonome, cette dame est une passionnée de musique. Il y a un mois, elle a d'ailleurs joué au piano à la télévision. Portrait d'une centenaire qui ne semble pas vieillir.
Sa fille, Lise Breton, 72 ans, s'étonne de la bonne condition physique de sa mère. «Je ne pensais jamais que maman serait en si belle forme à l'aube de ses 104 ans.»

Rose Lamothe-Breton prend cette remarque en riant. «Je suis en santé. Le docteur ne me trouve rien. Il m'a dit qu'il n'avait jamais vu de femmes de mon âge être aussi en forme, raconte celle qui compose toutefois avec des problèmes respiratoires depuis quelque temps.

«Peut-être que mon vaste parcours me rend essoufflée. J'ai fait un si long chemin. Quand on avance en sagesse, on perd de la vitesse», illustre-t-elle.
Une vie en musique
La musique tient peut-être Mme Lamothe-Breton occupée et cela a un effet rajeunissant sur elle. Une longévité aussi active a sûrement une recette. «Je joue de la musique chaque jour et j'ai de petits projets, mais aucun plan à long terme», dit-elle, un sourire radieux aux lèvres.
La vie de Rose Lamothe-Breton est imprégnée de musique, qui est sans conteste sa marque de commerce, ainsi que sa débrouillardise. À 9 ans, elle joue du piano et apprend ensuite les rudiments de l'orgue. Elle fonde plus tard une grande famille et compose des mélodies, dont elle se sert pour endormir ses enfants.

«On a été élevés à la musique classique. C'était une soupape pour ma mère, qui s'occupait de tout à la maison, en plus de travailler et de voir à nous», relate Lise Breton, une des sept enfants de Rose.

À 73 ans, Mme Lamothe-Breton offre ses talents musicaux dans des mariages et autres réceptions, alliant la musique populaire au classique. «Pendant une dizaine d'années, elle partait en auto parfois jusqu'à Québec avec la remorque contenant ses imposants instruments», raconte Lise.

«La dernière fois que j'ai jouée dans une réception, c'était pour un curé!» se souvient soudainement Rose dans un éclat de rire. Cette dernière conserve toutefois son plus beau souvenir pour une réception à l'hôtel Reine Élizabeth, à Montréal, où elle a joué de l'orgue.

À 80 ans, elle suit des cours de violon et regrette presque de ne pas l'avoir fait plus tôt. «Je serais certainement devenue violoniste», prétend celle qui harmonise déjà très bien les coups d'archets. Mme Lamothe-Breton a aussi longtemps accompagné des chanteurs pour des concerts dans les résidences pour aînés.
Arrivée en vedette
Après avoir passé six ans à la résidence Le Tournesol, à Bordeaux-Cartierville, Rose a emménagé au Manoir Saint-Laurent le 1er décembre dernier. Elle s'est ainsi rapprochée de Lise, qui habite dans le même secteur. Elles peuvent maintenant se voir plus souvent, presque chaque jour. «Il y a plus de soins ici», ajoute Lise Breton, qui est rassurée d'avoir sa mère plus près d'elle.
La transition dans un nouveau milieu de vie n'a rien changé aux habitudes de Rose Lamothe-Breton. Elle joue de la musique pendant le souper des résidents. Les gens la réclament même le dimanche. Son orgue a été installé dans la salle à dîner de la résidence, qui compte aussi un piano, tandis que son propre piano se trouve dans son salon. Son violon est de son côté encore serré dans sa chambre, parmi les boîtes du déménagement.

Même si le Manoir Saint-Laurent compte deux femmes centenaires, une de 100 ans et une de 106 ans, Mme Lamothe-Breton y est arrivée en vedette. «Radio-Canada avait déjà appelé la résidence avant sa venue, afin qu'elle participe à l'émission du 11 décembre de Droit au cœur, animée par France Castel», raconte sa fille Lise.

De plus, Mme Lamothe-Breton a participé en 2005 à La Poule aux œufs d'or. «J'ai demandé à mon mari au ciel de me porter chance, mais comme avec lui, j'ai dû me contenter du minimum», a-t-elle relaté avec ironie.

Sollicitée à la résidence pour jouer de la musique, Rose Lamothe-Breton se consacre entièrement à son art. «Je n'ai même pas le temps de jouer au bingo. J'ai bien essayé les cartes une fois au Tournesol, mais ces jeux dérangent la préparation de ma musique», mentionne-t-elle le plus sérieusement du monde.

Née en 1903, Mme Lamothe-Breton n'a pas toujours eu de douces notes dans sa vie. Elle a notamment perdu un bébé en 1922, à la suite d'un feu de forêt en Ontario, qui a dévasté le petit village du Témiscaming, où elle habitait. Sans secours, la petite famille s'est réfugiée dans une maison où la neige entrait par le toit. Le bambin n'a pas survécu dans ces conditions. «C'était la grosse misère, mais comme je suis encore là, un adulte ne meurt pas de ça», affirme la centenaire.

Avec 48 descendants, Rose Lamothe-Breton laissera sûrement sa musique en héritage, mais pas tout de suite. En attendant, elle fait aller ses mains agiles sur ses instruments, au grand plaisir de son auditoire, attentif et ravi à la fois.

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