Bilan de la fusion municipale, cinq ans plus tard
Cinq ans après la fusion de la Ville de Saint-Laurent avec Montréal, quelques intervenants locaux font le bilan de ce qu’est devenue cette ancienne municipalité transformée en arrondissement.
Le journal Les Nouvelles Saint-Laurent a sondé les milieux politiques, économiques et d’affaires pour dresser le portrait de la situation actuelle depuis 2002. Le secteur communautaire, un ancien conseiller, un regroupement de citoyens, la population et des gens de la rue ont également été consultés.
«Rien n’a changé depuis la fusion, sauf que l’arrondissement ne fournit plus de billets gratuits pour le transport, même après leur avoir demandé de restaurer ce programme», affirme Pauline Turcotte, une Laurentienne rencontrée au centre commercial Norgate.
Pour Nabil Warrak, qui habite à Saint-Laurent depuis 11 ans, c’est l’augmentation du prix de son loyer qui le préoccupe. «Pendant ce temps, les salaires restent les mêmes, et ce, si vous avez la chance de travailler, car il faut être chanceux pour se trouver un emploi.»
Plusieurs passants, dont certains résidants de Saint-Laurent, n’ont simplement pas voulu exprimer leur opinion sur le sujet.
Stabilité et environnement
Deux élus municipaux ont toutefois commenté la situation. Le maire de l’arrondissement, Alan DeSousa, a souligné le virage environnemental entrepris en 2004 à Saint-Laurent «bien avant que ces préoccupations ne soient en vogue.»
Il cite entre autres le recyclage étendu à tous, l’achat de véhicules hybrides, la protection de milieux naturels, dont le parc Marcel-Laurin, ainsi que l’adoption de plusieurs règlements allant dans le même sens, comme ceux limitant l’utilisation des pesticides et le ralenti inutile des moteurs.
Sa collègue, Michèle D. Biron, qui siégeait au conseil avant les fusions, comme M. DeSousa, parle plutôt de stabilité.
«Notre seul objectif dans la foulée de la fusion a toujours été de protéger les intérêts des citoyens et de maintenir la stabilité malgré un contexte difficile en raison des nombreux changements engendrés par celle-ci. Cela n’a pas toujours été facile, mais nous n’avons jamais perdu de vue cet objectif et y avons consacré tous nos efforts depuis.»
Regroupement et taxes
L’Association des citoyens de Saint-Laurent estime en revanche que les services n’ont pas suivi l’augmentation des taxes. «La qualité de vie des Laurentiens était meilleure avant la fusion», affirme Aref Salem, membre fondateur du regroupement.
Il souligne que la population laurentienne est affectée par les hausses de taxes et les coupures, par exemple, aux loisirs et dans la collecte des déchets, puisque le ramassage est passé de deux à une fois par semaine. «Les économies d’échelle que promettaient les fusions ne se sont pas réalisées, loin de là», ajoute-t-il.
L’ancien conseiller Charles Benchimol a constaté que ses taxes foncières ont augmenté de 19 % et ses taxes scolaires de 22 % depuis la fusion, résultats jumelés aux augmentations des rôles d’évaluation.
«Les fusions devaient régler le déficit de Montréal, mais la situation est pire maintenant, estime M. Benchimol. Les résidants de Saint-Laurent n’y trouvent pas leur compte. Les revenus de l’arrondissement augmentent, mais notre dotation varie très peu. Saint-Laurent est toujours la vache à lait de Montréal.»
Économie et affaires
Selon Guy Hébert, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Saint-Laurent, les fusions ont permis aux entreprises de savoir en quoi s’en tenir pour leurs projets futurs. «Avant, les entreprises attendaient de voir ce qui se passerait. Maintenant, on peut se concentrer sur la rétention des entreprises et même leur agrandissement.»
M.Hébert considère aussi que les fusions ont mis fin aux guerres de clochers, notamment entre les municipalités de l’île de Montréal, pour se ravir les entreprises, ce qui a permis à différents territoires de se spécialiser dans certains domaines. Il se dit toutefois conscient de «petits irritants comme les tarifs des parcomètres».
Le directeur de Développement économique Saint-Laurent, Daniel Dicaire, indique que Saint-Laurent a conservé le même taux de croissance, malgré les aléas économiques et politiques qui entourent les projets des entreprises. «L’arrondissement a maintenu le même niveau de services envers les entreprises du territoire en nous allouant le même budget, malgré le fait que la gestion des parcs industriels soit transférée à l’agglomération de Montréal. Notre travail est donc resté le même avec les entreprises du territoire laurentien.»
Secteur communautaire
Dans le secteur communautaire, Ève-Isabelle Chevier, coordonnatrice du Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent, estime que ce domaine n’a pas perdu sa couleur locale malgré la multiplication des voies de communication avec la ville centre.
«On s’est ajusté après une période de flottement, indique Mme Chevrier. Le travail de longue haleine pour connaître les ressources et les responsabilités de chacun dans le nouveau réseau commence à porter fruit. On sent l’esprit de famille qui existe dans les organismes de Saint-Laurent», conclut-elle.